mercredi 29 avril 2015

La naissance de l’Etat de Virginie-Occidentale


Entre le 3 juin et le 13 juillet 1861 dans la frange ouest de Virginie, le général nordiste Georges Mc Clellan remporte une série de petites victoires dans ce qui est les premières escarmouches de la guerre de Sécession. L’Union souhaite s’assurer le contrôle de la ligne ferroviaire Baltimore-Ohio et du fleuve Ohio.

Les Virginiens résidant dans les 35 comtés des vallées étroites de la Shenandoah sont très différents de leurs compatriotes. Peu d’entre eux sont riches et possèdent des esclaves. L’économie de la région s’oriente davantage vers l’Ohio et la Pennsylvanie que vers le reste de la Virginie. Wheeling, la ville la plus importante de l’Ouest de la Virginie, est distante de Pittsburgh de 90km. 500km la séparent de Richmond, la capitale virginienne. Les planteurs de l’Est sont davantage représentés dans les instances et s’attribuent la majeure partie des crédits. Les sentiments de la population de l’Ouest vont plutôt en faveur de l’Union que des riches planteurs sécessionnistes de l’Est.
Après la victoire nordiste de Philippi le 11 juin 1861, les meneurs unionistes répudient la sécession. Réunis à Wheeling, ils créent un gouvernement restauré de Virginie. Avec l’aval de Washington, le Congrès accueille deux sénateurs et trois députés. Légalement, la scission de la Virginie est douteuse, car il faut un vote du Congrès pour créer un Etat à partir d’un autre Etat. Un plébiscite est organisé le 24 octobre 1861, à l’issue duquel les partisans sécessionnistes en minorité s’abstiennent. La scission est entérinée, donnant naissance à l’Etat de Virginie-Occidentale. Le Sénat le reconnaît en juillet 1862, puis la Chambre des représentants en décembre. Le 20 juin 1863, l’Etat entre dans l’Union en échange de l’adoption d’une loi d’émancipation progressive des esclaves.
Le Sud réagit dès la défaite de Philippi. Un corps d’armée dirigé par le général Robert Garnett est envoyé pour occuper les passes dans les Alleghany. Mc Clellan, bien que possédant l’avantage numérique, surestime les renforts sudistes et met du temps à les repousser. Le 13 juillet 1861, les deux armées s’affrontent à Corrick’s Ford. Garnett périt lors de la bataille, devenant ainsi le premier général mort de la Guerre de sécession. Le général Robert Lee est envoyé à son tour pour suppléer Garnett. Au début du conflit, l’armée confédérée n’est pas encore prête. Elle manque d’armes, d’équipement et d’uniforme. La contre-offensive de Lee se solde à son tour par un échec faute de matériel, d’un temps exécrable et d’une épidémie de rougeole et d’oreillons touchant ses hommes.
Une situation similaire se retrouve dans le Tennessee, qui comprend une part non négligeable d’anti-sécessionnistes. Seulement, l’armée nordiste ne peut pas intervenir. Elle devrait traverser le Kentucky. Or pour faire en sorte que cet Etat reste dans l’Union, Lincoln a promis de préserver sa neutralité. L’armée nordiste est autorisée à y pénétrer en septembre 1861. Les opérations militaires échouent à cause du terrain inhospitalier et d’un manque de moyens de transport pour franchir les monts Cumberland. La Confédération arrête les meneurs et réprime très sévèrement la population. Par conséquent, il est certain que l’Etat de Virginie-Occidentale n’aurait jamais pu voir le jour sans les victoires et la présence de l’armée nordiste. L'existence de l'État fut entérinée par une décision de la Cour suprême en 1870.

Sources
Texte :
- KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013
- Mc PHERSON James, La Guerre de Sécession, Laffont, Paris, 1991, 973p.
Image : wikipédia.fr : La devise latine "Montani semper liberi" se traduit en français par "Les montagnards seront toujours libres".

samedi 18 avril 2015

Le mythe de la Grèce blanche

Le mythe d’une statuaire grecque blanche s’est forgé dans la Rome antique pour des raisons esthétiques et idéologiques. La Renaissance nous a laissé l’image d’une statuaire en marbre blanc synonyme de grande pureté. Quand nous pensons à la Grèce, nous voyons ses ruines incolores et ses maisons blanches surmontées de toits d’un bleu identique à celui du ciel et de la mer. Or dès le XIXe siècle, les archéologues découvrent sur les statues originales des pigments prouvant qu’elles étaient peintes de couleurs vives. Dans son livre, Le Mythe de la Grèce Blanche, paru en 2013, Philippe Jockey déconstruit le mensonge d’une Grèce aux statues et monuments blancs.

Pour les Grecs antiques, le blanc est synonyme d’inachèvement. Tous les temples et toutes les statues sont colorés. Les Romains, qui raffolent de sculptures grecques, préfèrent le blanc, symbole de pouvoir, de richesse et de bon goût. A l’inverse, les couleurs symbolisent l’extravagance et l’impureté. Seul le rouge trouve grâce aux yeux des Romains, car il représente le pouvoir impérial. De plus, ils s’intéressent davantage au travail du sculpteur et délaisse la peinture qui n’est qu’accessoire. Au Moyen Age, le marbre blanc symbolise la pureté de l’âme, l’innocence et la sainteté.
L’antique blanc devient la référence avec la Renaissance italienne. Le marbre blanc des demeures romaines s’oppose aux couleurs gothiques. La civilisation s’oppose à la barbarie. On en vient à supprimer les traces de couleur sur les sculptures retrouvées. Les élites commandent uniquement des œuvres en marbre blanc et plus la blancheur est étincelante plus l’œuvre est prisée.
Au XIXe siècle, les archéologues, défenseurs de la vérité, affrontent les tenants du mythe de l’antique blanc. Les artistes et les auteurs perpétuent ce mythe, malgré les découvertes archéologiques. Le développement de l’égyptologie renforce cette querelle. Certains penseurs opposent l’Occident blanc et donc civilisé à l’Orient coloré donc moins raffiné. Les régimes totalitaires du XXe siècle s’approprient ces courants de pensée.

De nos jours, les technologies permettent de retrouver l’ensemble de la palette des couleurs utilisées par les Grecs de l’Antiquité, notamment le rose, le bleu clair et le vert pomme. La dispute entre la Grèce blanche et la Grèce colorée s’est atténuée. Cependant, le mythe de la Grèce blanche perdure toujours dans l’imaginaire de chacun d’entre-nous y compris dans celui des Grecs.


Source
Texte :
- SARTRE Maurice, « Et si la Grèce avait été en couleur », in L’Histoire, n°391, septembre 2013.
- BORIAUD Jean-Yves, "L'Antiquité retrouve ses couleurs", in Historia, n°842, février 2017, pp54-59.

Image : http://www.liebieghaus.de

dimanche 5 avril 2015

L'esclavage et les Etats-Unis

En 1860, les Etats-Unis comptent 4 millions d’esclaves. Sur les huit millions de Blancs que comptent environ la totalité des États esclavagistes, seulement 385 000 possèdent des esclaves, soit 4,8% de la population. La moitié possède cinq esclaves ou moins, 110 000 Blancs en ont plus de 50 et 3 000 Blancs plus de 100.
Bien que la question de l’esclavage soit l’une des causes de la guerre de Sécession, l’abolition n’apparaît pas comme la principale préoccupation des belligérants. Arrivé au pouvoir, Abraham Lincoln s’est prononcé contre son expansion, mais a promis de ne pas remettre en cause cette pratique dans les Etats où elle existe déjà. Les Confédérés font sécession pour défendre leur droit à l’auto-détermination et protéger leurs intérêts et leur mode de vie menacés par le Nord. Cette remise en cause se cristallise autour de la question de l’esclavage. De leur côté, les Nordistes luttent d’abord pour préserver l’Union. L’abolition devient un des enjeux du conflit au milieu de l’année 1862.

Au XVIIe siècle, pour faire face à leurs besoins en main d'œuvre, les premières colonies américaines ont recours à un système qui s'apparente à l'engagisme. Les pauvres arrivent avec un statut de travailleurs sous contrat. Les colons adoptent ce système pour les premiers esclaves débarqués. Conformément à ce statut, ils sont libérés après une période établie et se voient accorder quelques terres par leurs anciens maîtres. Cependant, les colons considèrent que les esclaves africains n'étant pas citoyens britanniques, ils ne sont pas couverts par la loi commune britannique. A cette considération, s’ajoute un racisme à l’égard des Noirs.
Au Nord, les esclaves accomplissent principalement des tâches domestiques. La plupart des maîtres considèrent les Noirs comme des travailleurs sous contrat et les libèrent dès qu’ils estiment qu'ils ont remboursé leur prix d'achat. Ils deviennent des hommes libres. Toutefois, ils demeurent dans la pauvreté, car les riches accaparent déjà les meilleures terres. Dans le Sud, les esclaves travaillent dans les fermes et les plantations. L'explosion de la demande en tabac, puis en coton, entraînent une demande en main d'œuvre que ne satisfait plus le système de l'engagisme. Le Sud ne peut plus se passer de cette main d’œuvre servile au risque de perdre tous les bénéfices engrangés. Parallèlement, l’Amérique du Nord représente un nouveau débouché pour les marchands d’esclaves, car les colonies ibériques d’Amérique du Sud sont saturées. À la fin du XVIIIe siècle, tous les Noirs sont considérés comme des esclaves. Les codes noirs définissent les droits des propriétaires sur ces individus considérés comme des objets et dépourvus de droits. La Nouvelle-Orléans devient un port d'esclaves de dimension nationale et le plus grand marché d'esclaves du pays.

La plantation est une société pyramidale répressive, avec le maitre au sommet (le propriétaire) jusqu’aux conducteurs en passant par le régisseur. Ce dernier peut être le fils du propriétaire qui apprend le métier, mais il existe aussi des régisseurs professionnels qui accumulent ainsi un capital en vue d’acheter des terres. Il assure l’encadrement des esclaves. Des drivers le secondent, qui peuvent être des esclaves. Les régisseurs sanctionnent les esclaves désobéissants. Conformément au code de l’esclavage, les châtiments utilisés sont les privations, les travaux supplémentaires, le marquage au fer rouge pour les fugitifs, la castration et les mutilations. Cependant, le planteur n'a pas intérêt à maltraiter ses esclaves. Les traces de violence sous-entendent que l’esclave est insoumis et paresseux. Sa valeur diminue. Les esclaves subissent une instabilité sociale. Les familles et les couples peuvent être séparés du jour au lendemain. D’ailleurs lors des mariages, qui n’ont aucune valeur légale, les officiants concluent en disant : « Vous voici unis jusqu’à ce que la mort ou la distance vous sépare ».
Le travail dans les plantations se fait de deux manières différentes. Le task system consiste à assigner à chaque esclave un travail donné. Une fois sa tâche acquittée, l'esclave peut vaquer à ses occupations personnelles. Le gang system consiste à constituer des équipes d’esclaves qui effectuent en même temps une tâche identique. Les esclaves travaillent du lever au coucher du soleil, soit une moyenne de 11 heures par jour. Les soirs de pleine lune, ils peuvent continuer à travailler. Certains esclaves remplissent des tâches domestiques. Ces derniers sont mieux nourris et bénéficient de conditions de travail plus clémentes. La situation de travail change en fonction des cultures, du renouvellement du stock d'esclaves, de la condition physique et de la couleur de peau.
Les maîtres se préoccupent du bien-être de leurs esclaves par intérêt ou par humanité. Ils mettent en place des jours fériés, organisent des fêtes et des célébrations pour des événements familiaux (naissances, fiançailles) et distribuent des gâteaux et des friandises. En revanche, les esclaves sont très mal logés. Leur cabane en bois ne comprend qu’une seule grande pièce, dont le sol est en terre battue. Les habitations sont froides l’hiver et nauséabondes en été. L’hygiène est déplorable. Les germes et les parasites pullulent et causent de nombreuses maladies. Un esclave vit rarement au-delà de 60 ans et la mortalité infantile est élevée.

À partir du milieu du XVIIIe siècle, la religion chrétienne se développe à la faveur du Grand réveil. Les prêtres exhortent les propriétaires à œuvrer pour le salut des esclaves. Ces derniers répondent favorablement à cet appel, soit parce qu’ils sont animés d’une foi sincère, soit parce qu’ils considèrent la religion comme un moyen de contrôle. Certains esclaves reçoivent la lecture de la Bible de la bouche même de leur maître. Au XIXe siècle, les différentes Eglises s’affrontent sur la question de l’esclavage. Par exemple, les Méthodistes prônent un discours abolitionniste, même si leur démarche vise plus à adoucir le sort des esclaves que l'abolition.
La religion constitue une consolation, un enrichissement spirituel et offre des moments de bonheur. Elle favorise l’alphabétisation, car les pasteurs, souvent blancs, cherchent à diffuser le message du Christ. En 1860, 5% des esclaves savent lire. Les planteurs n’apprécient guère que leurs esclaves savent lire et écrire pour des raisons pratiques. En effet, pour quitter une plantation, un esclave doit posséder un laissez-passer rédigé par le maître. Un esclave sachant écrire pourrait émettre de faux documents. Des patrouilles quadrillent le secteur et exécutent les esclaves qui ne présentent pas de laissez-passer.
Une Eglise noire se développe en parallèle. Lors de cérémonies échappant au regard du maître, le discours de soumission relayé par les Églises du Sud est rejeté. Les esclaves mettent en avant le message d’égalité et de célébration de la pauvreté véhiculé par le Christianisme. L’épisode de l'Exode des esclaves de pharaon menés par Moïse tient une grande place dans les sermons.

En 1831, le Sud est traumatisé par une révolte d’esclaves menée par Nat Turner causant la mort d’une centaine de Blancs. Ceux-ci vivent dans la paranoïa de la révolte d’esclaves, car ces derniers sont plus nombreux que les Blancs. Dans les faits, les révoltes sont rares et peu importantes. Les historiens distinguent deux types de révolte. Les révoltes planifiées ont pour objectif la conquête d’un territoire ou la préparation d’une évasion massive. Elles n’aboutissent pas dans la majorité des cas, car la rumeur est ébruitée et la conspiration démasquée. Les révoltes réactives naissent d’un incident entraînant le meurtre du régisseur ou du maître et la destruction de sa propriété. Elles s’étendent ensuite aux esclaves des propriétés avoisinantes.
Au sein des esclaves en fuite, les historiens distinguent les outliers et les marrons. Les premiers continuent de vivre à proximité de la plantation. Ils se nourrissent en volant ou avec l'aide d'esclaves restés dans la plantation. Les seconds s'établissent dans des zones inaccessibles, montagnes ou marécages. L’abolition progressive de l’esclavage dans les États du Nord offre aux esclaves du Sud un nouveau refuge. Un réseau nommé le chemin de fer clandestin (Underground Railroad) facilite la fuite et l’accueil des fugitifs. En 1850, la loi sur les esclaves fugitifs est renforcée. Le réseau se prolonge jusqu’au Canada pour assurer la sécurité des fugitifs.
Durant la guerre, les esclaves ne se révoltent pas. Ils profitent de la désorganisation des structures pour ralentir le travail. Ils attendent l’approche des soldats nordistes pour fuir la plantation et rejoindre le Nord. En mars 1862, le Congrès interdit le renvoi des esclaves à leurs anciens propriétaires. Certains généraux, tels Hunter ou Frémont enrôlent dans leurs contingents les esclaves émancipés sans l’approbation de la Maison blanche.

La Constitution américaine de 1789 n’interdit pas l’esclavage, afin de garantir l’Union. En revanche, la traite négrière est interdite en 1808. Bien que les esclaves ne soient pas citoyens, les États du Sud obtiennent qu’ils soient comptabilisés dans le recensement qui définit la répartition des sièges à la Chambre des représentants. Un esclave équivaut à trois cinquièmes d’un citoyen. En 1793, la loi sur les fugitifs autorise les propriétaires d’esclaves à récupérer les fuyards où qu’ils soient et de recevoir l’aide des citoyens pour cet objectif. En 1850, les planteurs pourchassent les esclaves dans le Nord en recourant parfois à des avocats, alors que le mouvement abolitionniste s’y développe. Même si les habitants du Nord n’apprécient pas les Noirs, ils ont honte que leur pays soit le seul pays dit « civilisé » à autoriser encore cette pratique.
Dans le premier XIXe siècle, l’esclavage devient peu à peu un enjeu politique avec l’expansion territoriale vers l'Ouest. Les esclavagistes souhaitent étendre cette pratique aux nouveaux États candidats à l’Union, tandis que les antiesclavagistes veulent stopper l’expansion de cette pratique. Une série de compromis politiques préserve l’unité du pays en maintenant l’équilibre numérique entre États esclavagistes et États libres. Le compromis de 1820 permet au Missouri d’entrer dans l’Union en tant qu’Etat esclavagiste. Pour préserver le statut-quo, l’État du Maine est créé à partir du Massachussetts. Le compromis de 1850 permet à la Californie d’intégrer l’Union comme Etat non esclavagiste à condition que la loi sur les fugitifs soit renforcée et que l’Utah et le Nouveau Mexique soient libres de décider par eux-mêmes le maintien ou la suppression de l’esclavage sur leur territoire. En 1854, l’acte Kansas-Nebraska affirme que l’Etat fédéral ne pourra pas se substituer sur le statut de l’esclavage à la décision du peuple dans ces deux nouveaux Etats. Cette loi débouche sur une guerre civile, connue sous le nom de « Kansas sanglant ».
Le mouvement abolitionniste prend un véritable essor en 1831 avec la fondation du journal « The Liberator ». Son rédacteur en chef William Garrison dit que l’esclavage est un pêché et ceux le pratiquant des criminels. Le mouvement regroupe des intellectuels, des hommes politiques et d’anciens esclaves tels Frederick Douglass. En 1852, la publication de La Case de l’Oncle Tom de Harriet Stowe émeut les Nordistes.
Jusqu’en août 1862, Lincoln ne place pas l’abolition de l’esclavage comme un des objectifs du conflit. Il s’agit d’un choix politique et stratégique. En effet, quatre Etats esclavagistes (le Delaware, le Maryland, le Kentucky, le Missouri) sont restés fidèles à l’Union. L’abolition risquerait de les faire passer dans le camp sécessionniste. Néanmoins, les abolitionnistes se font de plus en plus pressants. L’opinion publique du Nord les soutient. Vu les pertes humaines engendrées par le conflit, la population exige désormais un changement radical dans l’organisation sociale du Sud. Par ailleurs, une prise de position claire sur l’abolition permettrait d’avoir le soutien indéfectible sur la scène internationale du Royaume-Uni. À l’automne 1862, Lincoln menace les Confédérés d’abolir l’esclavage s’ils ne rentrent pas dans le rang de l'Union. Ne recevant pas de réponse, la Proclamation d'émancipation du 1er janvier 1863 libère « toute personne asservie » située sur les territoires sécessionnistes. Elle autorise les Noirs libres ou affranchis à s’engager dans l’armée de l’Union.

Le 18 décembre 1865, le 13e amendement de la Constitution abolit définitivement l’esclavage sur le territoire américain. La société sudiste résiste en adoptant des codes noirs visant à maintenir un ordre social hiérarchisé sur une base raciale. A la fin des années 1860, les 14e et 15e amendements essayent d’amoindrir le système ségrégationniste. Le 15e amendement interdit la limitation « pour des raisons liées à la race, à la couleur ou à un état antérieur de servitude ».
Le racisme et la hiérarchie sociale selon la couleur de peau demeurent. La ségrégation remplace l’esclavage. Les lois Jim Crow, tout en admettant l’égalité de droit, imposent légalement dans certains Etats du Sud, une distinction dans tous les lieux et services publics. Les Noirs sont persécutés par des organisations racistes telles que le Ku Klux Klan. Malgré l’abolition de l’esclavage, la déception est grande chez les Noirs du Sud dont les conditions de vie se sont à peine améliorées.

Sources
Texte : FOHLEN Claude, Histoire de l'esclavage aux États-Unis, Perrin, Paris, 2007.
            KEEGAN John, La Guerre de Sécession, Perrin, Paris, 2013
         FAUCQUEZ Anne-Claire, "Le Nord aussi était esclavagiste", in Historia, n°791, novembre 2012, pp52-57.
Image : http://www.astrosurf.com/luxorion/Sciences/esclaves-plantation-usa.jpg